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Je reviens vers vous

Ces pages risquent de laisser une grande place au bonheur qu'il y a d'être français ou de fréquenter des français. La matière semble en effet tout à la fois insaisisable et inépuisable. Notons tout de suite que parmi les métiers les plus improbables que nous puissions imaginer, il y a celui qui consiste à rechercher des matières fossiles dans les entrailles de la terre : on part du principe qu'il ne peut pas y en avoir pour toujours mais comme la matière se cache on se dit qu'on finira toujours par en trouver. Eh bien on a beau savoir que le Français est un phénomène fossile comme un autre, on ne comprend pas aisément d'où il sourd et comment ça se fait qu'il s'écoule tantôt bleu, tantôt rouge. Le sport, en somme; sa beauté, pour le dire autrement.

Alors par exemple, vous avez envoyé un e-mail à quelqu'un et ce quelqu'un, un français, vous a promis quelque chose. Il vous a même écrit cette chose formidable : je reviens vers vous

Vous n'avez pourtant pas demandé la Lune, ni un satellite un peu rouillé, ni d'aller pour vous cueillir une ortie ni même cuire un oeuf, non, non, rien de tout cela, vous voulez juste savoir si c'est oui ou bien si c'est non à, par exemple, votre proposition de perdre la santé et le sommeil dans l'exercice d'un travail pénible et pas trop bien payé. Un email suffirait. Un email qui dirait juste que non, finalement, c'est non. Un copier-coller même, ça suffirait. Or, rien ne vient. Et puis vous savez, par expérience, qu'à vouloir vous enquérir de la possibilité pour votre interlocteur de simplement se sortir les extrémités de son intimité pour juste dire non, vous ne parviendrez qu'à épaissir la vaseline avec laquelle ce silence est fait.

J'ai quelques hypothèses pour expliquer ce phénomène typique. On va les effleurer en passant. On part du principe que dans un bureau français il n'y a pas d'équipe, ce qui signifie que personne n'irait effectuer une tache qu'il considérerait comme étant inférieure à son rang, même si cette tâche est réputée utile à la survie du groupe. Donc si quelqu'un pense que consacrer 10 secondes pour répondre non à une personne qu'on considère inutile à la suite constitue un travail de secrétaire alors ces dix secondes n'auront pas lieu.

Et puis il y a aussi cette idée qu'il ne peut y avoir aucun rapport entre les dix secondes qu'on n'aura pas donné à quelqu'un qui n'est personne et la croisée des chemins. N'est-ce pas dans un roman qu'on lève des armées pour une histoire de cheval mal soigné ? Et puis n'est ce pas un roman allemand par hasard ? Il n'y a donc aucune chance pour qu'un tel phénomène se produise chez nous, même dans un roman.

C'est là où peut-être elle se fourvoie, l'armée des trous du cul incapables de consacrer 10 secondes, serait-ce pour écrire simplement à l'armée des trous de rien du tout que pas de nouvelles, plus jamais de nouvelle.

Vous prenez un petit cahier, sur lequel vous écrivez Je reviens vers vous, dans lequel vous notez les noms et les adresses de tout ceux qui devaient revenir vers vous. Vous laissez ensuite décanter quelques années.

Plus tard vous gagnez au loto ou bien, variante, vous recevez des nouvelles de votre mort: voilà par qu'elle souhaite elle aussi revenir vers vous; elle n'est pas non plus très précise sur la date mais elle est sûre de votre prochaine rencontre.

Donc vous avec un peu de loisir pour vous amuser un peu. Si tout le monde s'y met, munis de son petit carnet, il y a probablement de quoi donner enfin une suite favorable à cette histoire de morts vivants pour laquelle les gens paient, au cinéma, en prévision d'une bonne frousse.

Notez bien dans votre carnet la promesse qui vous a été faite afin qu'en entrant dans le bureau d'un de ces je reviens vers vous vous ne passiez pas pour un agresseur. Simplement voilà, vous avez pris le temps de la reflexion, direz-vous, et vous entendez connaitre en dernier lieu pourquoi vous n'avez eu aucune réponse, pourtant promise. Vous arrivez avec des intentions pacifiques, tout à fait pacifiques même et la canne qui vous aide à marcher ne constitue en rien une menace, pas plus que votre oeil qui pend un peu en raison du travail que vous n'avez jamais trouvé et des misères qui s'en sont suivies, non, vous, vous voulez seulement éclaircir ce point avant de partir en vacances sur le yacht que vous vous êtes récemment acheté ou bien, variante, à l'hopital où l'on va organiser pour vous un retour antalgique aux éléments fondammentaux.

De cette manière, bientôt en France viendront des réponses qui ne se posaient même pas.

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