l-actualité-comme-si-vous-y-êtiez
 

Des nouvelles de Xavier Dupont de Ligonnès ?

 

Rappel des faits : Xavier Dupont de Ligonnès est un curieux personnage qui est parvenu à disparaître des radars après avoir fait disparaître corps et âme sa famille, il y a déjà plusieurs années.

En conclusion de quoi, à l'heure des sociétés de contrôle et des criminels qu'on retrouve toujours dans l'année, à l'heure également des crimes toujours lointains perpétrés par des monstres forcément fanatisés, la foule est frappée par l'évaporation durable d'un gars qui n'avait pas grand chose de spécial avant de devenir spécial. Ainsi en va t il des braves labradors qui dévorent des enfants alors qu'ils n'avaient jamais mordu personne (dixit le voisin) Ça frappe d'avantage que les chiens féroces fanatisés par des types louches eux même à deux doigts de sortir la sulfateuse au premier regard (de labrador) qui ne conviendrait pas.

Soudain la nouvelle arrive de son arrestation.

Qui s'est avérée une faute de communication policière. Qui s'est avéré ensuite comme étant une exagération journalistique fondée sur cette mauvaise communication, d'après la police.

Peu importe n'est-ce pas ?

Eh bien si comme moi vous delectâtes du démoulage de nouvelles sensationnelles exprimés sur des tons variés par de doctes journalistes policiers du dimanche, c'est l'occasion de faire le point sur votre perméabilité semiologique à l'égard des nouvelles du monde venu du monde.

Ils disent qu'il pleut, vous ouvrez la fenêtre et vous voilà maître du jeu. Ils disent qu'ils ont posé le pied sur la lune ou que XDL est arrêté, vous êtes obligé de dépêcher votre cervelle dans des méandres critiques. Et là j'avoue avoir été quelque peu dupé par la satisfaction de croire à des hypothèses sucrées, comme tout le monde.

Ah misère de mon mou de veau, il me semble que vis comme n'importe quel scélérat cette tentation de croire non seulement à des histoires mais aussi à des histoires qui administreraient par leur caractère démontrable la preuve d'une immanence ordonnable du monde. Il faut le dire plus lentement peut-être. Bon. Disons qu'il est devenu très banal de constater qu'on vit mieux lorsqu'on croit au moins à quelques histoires un peu simples, alors non, pas forcément de grands mythes qui supposeraient de lire encore des livres mais au moins quelques histoires, grappillées ça et là, des demi vérités peu fouillées, des on-dits propices à des discussions qui n'exposent personne à un claquage de cervelle. En revanche il est plus difficile de voir, particulièrement sur soi même, que ce n'est pas la croyance en une forme particulière du monde qui anime ce fantasme de cohérence probablement nécessaire à notre survie mentale de producteurs de merde, mais plutôt l'assurance qu'un ordre existe, même momentané et même, apparemment, d'après ce que j'entends, quand on est capable de faire plus ou moins tenir dans sa tête les réalités contre intuitives des lois de la physique quantique. Car un ordre qui existe permet de parler et parler, c'est bien commode.

Revenons à mon type. Le monde est en ordre. J'écoute la radio au lieu de me demander comment se passe exactement la métabolisation de telle molécule au fond de mes noires chairs. Je suis attendris. Je métabolise attendris. Cette molécule apporte l'eau à mon moulin de bon à rien. Et Voilà qu'arrive la photographie d'un extraterrestre en short, posant sur une plage d'Hawaï. Pourquoi ne pas croire en la photographie d'un extraterrestre en bermuda ? Il me suffit de savoir que le bermuda laissé sur la plage est exactement le même que celui sur la photo, à une brûlure près, laquelle est tout à fait explicable par le départ précipité de l'alien velu quand la police est arrivée et qu'il a dû remonter dans son aéronef (malheureusement demeuré hors champ). En fait c'est évident. Les faits sont là. On a photographié un alien peu avant qu'il ne s'enfuie. Dire le contraire ce serait dans cet exemple exposer ici à la figure du croyant une question sur la raison d'être de la photographie d'un singe en bermuda fleuri avec un casque de moto sur la tête et cela n'est pas un sujet valable pour celui qui a bel et bien vu un extraterrestre.

Qu'il est simple de rire de la bêtise de ceux qui auraient l'intuition révélée de cette photographie car, dis-je, chacun possède en lui l'idée d'un extraterrestre en bermuda sur la plage.

Mon singe en bermuda sur la plage de l'autre soir c'était la nouvelle de l'arrestation de ce type. En quoi ce type me concerne ? En rien. Cela forme donc un matériau malléable. J'imagine qu'il en va de même pour ceux qui manquent de casser une chaise quand une équipe sportive etc. Moins on en sait sur les mœurs desdits sportifs, moins on a pratiqué soi même le sport en question et mieux c'est pour concevoir des idées et des affects totalement en dehors de toute mesure. Egalement, des créatures extra terrestres on ne sait vraiment pas grand chose, pourtant on en voit tous les jours et on est capable de les décrire. Dans mon cas, persuadé que XDL ne pouvait pas ne pas être XDL, puisqu'ils le disent à la radio, je m'étais formé cette preuve comme quoi l'interview du voisin du titulaire de ce passeport que l'on venait de trouver en possession de l'homme arrêté en Ecosse démontrait que XDL avait en effet tout intérêt à voler un passeport appartenant à une personne réelle et plus encore de mener une enquête complète sur le titulaire. De cette façon XDL aurait aisément découvert que la femme était écossaise et serait tout naturellement arrivé à la conclusion qu'il convenait de poursuivre la cavale en Ecosse, moyennant quelques barbes postiches, un bon motif de voyage et bien sûr un enterrement première classe du mec derrière un quelconque talus d'autoroute, comme il se doit n'est ce pas quand on est coutûmier des meurtres à coups de pelles. Et de sourire à la crédulité du voisin en train de raconter qu'il connait son ami depuis des dixaines d'années et qu'il ne voit vraiment pas du tout de rapport de loin ou de près avec le suspect en une de tous les médias. Et de s'imaginer l'entêté voisin flanqué d'un âne en guise de chien, jouant au loto depuis l'intérieur bleuté de sa petite maison en zone pavillonnaire périphérique et bla bla bla. Ah les crétins...

Les présentations étant faites, l'exercice consiste maintenant à visualiser ensemble le portrait de Donald Trump, se le figurer en bermuda, avec des poils noirs et longs flottant le long de ses cuisses arcquées, un casque de moto sur la tête, dans la pose de l'aviateur et espérer que j'ai tort. Ou pas.

← Je veux ma Momon