-l-actualité-comme-si-vous-y-êtiez ---- 25 janv. 2026
 

A la Télé meurtre ce soir

 

Le meurtre d’un infirmier de gauche par des milices fascistes filmé à quelques metres de distance par le téléphone d’une femme de gauche, qu’est ce ? La preuve que ce qui était présenté comme le seul pays cousin incompatible avec le fascisme, l’est devenu. Non finalement qu’un crime singulier ait été commis, ce qui arrive sans doute bien souvent dans n’importe quel genre de régime, ce genre de crime commis par des imbéciles qui aspirent à la violence arbitraire, mais ici parce que c’est un meurtre qui s’est construit comme une manifestation officielle du bien et du juste. Je me disais que donc, si un meurtre en gros plan, figurant une homme masqué tirant 10 fois dans le dos d’un homme à terre n’opposant que son téléphone était insuffisant à empêcher les chefs fascistes d’affirmer les plus indignes des mensonges, alors c’est premièrement qu’il y a un vaste public pour cela et deuxièmement que plus aucune limite n’existe. Il me semble, sans avoir eu le malheur d’assister encore à cela, qu’une sorte de point d’assentiment collectif à l’égard du sang percu comme une vertu doit probablement exister à un moment. On doit pouvoir noter cela d’une croix sur une courbe, après quoi c’est plus la peine de se poser des questions sur la suite, les vannes sont ouvertes, la réalité du vrai sentiment du prétendu bon peuple déferle ensuite sur tout ce qui resisterait et déferle sous forme de sang. En théorie, l’homme qui a tiré dix fois dans le dos d’un homme devrait recevoir l’information selon laquelle il s’agissait effectivement d’un ennemi de la paix et reçoit donc une promotion pour diriger un nouveau groupe de pacificateurs armés tandis que de son côté la famille du terroriste est placée en prison. Pourquoi ne pas penser que ce point de bascule est arrivé ? C’est bien sûr injuste de penser qu’il est arrivé, ce point, au prétexte qu’on tire sur les siens, des blancs quoi, car on oublie les métèques en proie pendant des années aux polices des plus prestigieuses des démocraties, mais c’est quand même un répère pépère pour affirmer le début d’une guerre civile. Comme cela est d’une banalité devenu pénible, j’en suis à espérer la disparition de cette maudite espèce qui ne vaut pas un clou à l’echelle des possibilités cosmiques. Il y a beaucoup de fins comiques possibles au royaumes des singes mal lunés. Quelle serait ma préférée ? Voyons …

Par hypothèse la conjugaison de différentes perturbations dans le régime naturel, assortie d’une décérébration globale dans les sociétés de consommation, assortie d’un abandon bien naturel de tout intérêt pour le maintien d’autre chose que l’ordre, aboutissent à des situations de guerre civile un peu molle, un peu partout, avec quelques meurtres par ci par là, des fascistes au pouvoir mais un peu mou dans l’ensemble, qui ne ferment pas non plus les frontières, ni les échanges de bien, ni celui de l’argent, business as usual, qui font surtout des discours martiaux suivi de pratiques fascistes liminaires où l’on persécute d’abord les marginaux, ferme un peu le clapet des journalistes et autres geignards, provoquant de mous remous chez quelques vieux qui vont vite disparaitre, tandis que le gros de la société s’habitue à l’eau un peu plus froide que d’habitude, à l’abandon des services collectifs, à la liberté sur internet, à la généralisation du principe de la conciliation universelle où l’on peut donc régler tout différend sans se référer à des lois moisies, le plus souvent donc au profit du plus fort et du plus riche, voilà voilà, les affaires suivent leur cours, on peut toujours manger ce qu’on veut, écouter la musique qu’on veut, aller plus ou moins où l’on veut et tout cela avec des casques high tech sur les oreilles qui permettent de faciliter les relations avec les autres, au début avec des gens qui parlent une langue étrangère puis finalement avec tout le monde tant il est vrai que sont commodes les logiciels de syntèse de la réalité (résume moi ce que mon voisin me demande) … et ainsi de suite sans grands désordre ni catastrophes lorsque soudain, soudain quoi ? Soudain les gentils idéologues fascistes que se soient les techs de Californie ou les royalistes de Normandie (j’invente) découvrent que leurs marionnettes finissent par prendre au sérieux leur propre discours jusque là un peu clownesque et contradictoire. Par exemple le neo président de la répu de Franche, avec sa tête de fasciste historique, prend contre toute attente sa propre histoire au sérieux et décide de tenir tête à l’autre puissance nucléraire de l’autre côté de l’Atlantique, déballe soudain un discours de défense des valeurs de la Franche royaliste éclairée contre la trahision des Américhiens dirigés par un homme qu’il présente comme vieux, bête et petit. C’est ainsi que pour être certain de figurer pour de bon dans les grands livres d’histoire, l’Américhien à mèche, pris de colère, d’un coup de tête, fait envoyer sur les centres tactiques nucléaires maginot franchiens des bombinettes atomiques délivrées instantanément depuis des appareils top secret, contaminant un bon tiers du territoire franchien, coupant tous les réseaux internet un peu par erreur, par faute d’avoir bien fait les calculs. Les russes, incrédules, comprennent qu’ils n’ont aucune chance avec leurs machins rouillés, ne tentent donc rien et comptent les points en attendant mieux, ainsi que les Chinois de nouveau au milieu du monde civilisé. Mais les Allemands pendant ce temps là, n’écoutant que leur sentiment européen, déploient méthodiquement au dessus des territoires américhiens ennemis le fruit de leurs 50 années de recherches secrètes en matière de guerre chimique. Ils déclarent leur intention de libérer la Franche, lavant tous leurs déshonneurs d’un coup. Les calculs allemands quant à eux s’avèrent bons : les américhiens sont alors atteints d’une léthargie irréversible qui les rend impropre à tout travail, à toute reproduction, sans même parler d’action militaire. Il faut les voir à se dandiner dans les rues en rigolant de leur propre ombre, confondant tous, les torchons comme les serviettes, le haut comme le bas, le bien comme le mal. Les bourses disparaissent comme des bulles de savon, on ne sait plus à qui appartient quoi.

C’est ainsi que le monde prend fin. J’ai dit. C’est à dire, faut déveloper coco, on peut pas régler son compte à cette espèce comme ça en trois phrases eh oh c’est cochon.

Alors oui tout continue mais voilà les institutions - qui reposaient en fait sur la bonne circulation de l’argent - finissent. Si bien que les singes reviennent à leur état sauvage. En conséquence de quoi on ne peut plus rien écrire de particulier à leur sujet, désolé j’ai une excuse. Restent quelques paysans, trois chansons à dormir debout récitées autour de feux lointains, et puis voilà, ça vivote entre les radiations et les tempêtes ainsi jusqu’à la fin des ressources issues du soleil.