l-actualité-comme-si-vous-y-êtiez ---- 11 févr. 2026
 

Stéphane Montagne de Jouet nous révèle tout

 

C’est à dire, je pense, il arrive un point où si la réalité ne forme plus un terrain de la discussion pour une proportion particulière de singes à pouces opposables alors tout ce que pourrait dire la partie éminante des singes versés dans les constructions intellectuelles éprouvées n’a pas plus de sens qu’une histoire, n’importe laquelle. Une histoire bien ficelée suffira à tout vous enseigner. Intolérable est devenu le film documentaire où des gens se contenteraient de dire ce qu’ils ont à dire; il faut un habillage sonore comme ils disent. Insupportable celui qui, pendant un moment, réfléchit et ne dit rien. Impensable celui qui relit la même phrase plusieurs fois pour essayer de comprendre, mettons, pourquoi les yeux pers d’Athena. Afin de ne pas être victime d’attentats à la purée dans l’hospice pour inutiles où je vais finir, je m’entraine moi aussi à cette nouvelle banalité, avec beaucoup de soin et de discernement. J’aurai ainsi, si je voulais, des histoires à raconter, quel que soit le temps de cette phrase. Tandis que toi, moderne, tu fais défiler ton doigt de haut en bas si c’est pour comprendre entre guillemets et de gauche à droite si c’est pour planter ta bite dans un produit de grande consommation, eh bien de mon côté, archaïque, je fais défiler les histoires des malades de la soucoupe volante. Les papillons c’est compliqué, la bite n’est plus de mon âge, voilà ce qui reste à faire quand aucune histoire n’est mieux qu’une autre. Enfin si, il y a des histoires plus mieux que mieux. Les histoires de soucoupe volante ont ceci de particulier qu’elles replacent les gens devant des sortes d’enjeux intellectuels dignes des plus belles querelles théologiques et leur permettent de développer des argments plein de merveilleux sophismes, ce que l’on peut collectionner. C’est exactement ce qu’à compris Stéphane Montagne de Jouet, le célèbre fabriquant de films des colonies anglaises. C’est pourquoi, je lui ai téléphoné. Afin d’en savoir plus sur son merveilleux projet de révélation des secrets ultimes, soit par exemple la présence parmi nous des gars pas du tout de chez nous, soit la présence d’un groupe de contrôle secret qui trame en coulisse le destin de l’humanité, ni plus ni moins, tant il est vrai qu’on ne fait pas des histoires grecques avec du yaourt allégé. J’avais pas décroché mon téléphone et composé son numéro, obtenu dans l’annuaire, que des lumières curieuses ont passé devant ma fenêtre et après un moment de confusion, j’étais déjà installé sur un divan rose au bord d’une piscine californienne juste à côté dudit Stéphane. C’est pas grave, je lui dit, c’est aussi bien comme cela. Du coup, j’ajoute, ça te dérange pas que nous nous vouvoyions ? Il n’y voyait pas d’inconvénient, car cela faisait longtemps qu’il n’avait pas parlé à un anglais dans sa langue. Alors sans perdre de temps je lui fit part de mes plus vifs hommages eut égard à ses grands faits sur les terrains les plus lointains, qu’ambassadeur de l’étrange au pays des rumeurs populaires il avait toujours su d’après ma gouverne assez bien intriguer pour défaire ce que les chagrins avaient contre lui et refaire du même coup le lit profond et douillet des grandes superstitions de la nouvelle Angleterre. Que toutefois le tourment léger qui m’amenait portait sur le dernier twist, sa dernière danse, où selon ces mêmes rumeurs on se le figurait comme portant haut un étendoir inconnu, celui des barbares gris sans poil ni cheveux que l’on disait avoir déjà conquis nos terres. Que je ne doutais pas un seul instant que ce soit le cas, étant moi même issu de la même lignée, par ma mère de qui ne sortit jamais aucune de cette sorte d’humaine empathie, mais qu’en raison de cela je me souciais de savoir si sa dernière oeuvre devait manier comme les autres la duplicité des lectures ou bien cette fois jouer d’un procédé révélateur de tous points de vue. Car il était désormais un peu tard, et nous avions déjà nous même bien longtemps discuté. Je voyais au bord de la piscine, deux des nôtres, et pas du meilleur tonneau, mal déguisés, teint verdâtre, en train de se dandiner d’impatience sur leurs grands compas, un oeil sur la montre un autre sur un coin invisible du ciel au dessus de la maison où flottait sans doute le spaceship en double file gravitationnelle que nous devions prendre. Je voyais bien à l’angle de vol des pigeons dans le ciel pourpre qu’en effet, les gonflement des ondes risquaient de nous faire défaut. Je me voyais déjà écrire à mon bureau au sujet de mes migraines soudaines qui m’empêchaient de venir remouler les éponges à la sortie de ma petite ville allemande et ainsi de suite. C’est ainsi qu’il m’apprit tout ce que je voulais savoir. Oui, m’affirma t il, non seulement les extrémités de ma vie touchent désormais les bouts froids de mes pieds si proches de mon tombeau en or, mais la situation intérieure des êtres du spectacle de rêves et d’espoir troubles que j’anime depuis toujours est telle que désormais plus aucune drogue de mes artifices n’est assez forte pour dévier les flux de leur morosité fictionnelle transversale. Ah, bas destin que celui de n’amuser plus. C’est pourquoi par soucis d’économie et parce que si c’est foutu, on peut en conclure que c’est bien foutu, j’ai convenu avec nos maîtres de les faire figurer directement dans le film, sans trucage. Personne ne croira que cela puisse être le cas, ce qui, donc, à la fin, reviendra exactement au même, mais bien moins cher, mon cher. Cependant, peu importe, rien ne change rien nulle part et pour personne, vous le savez bien, c’est ce que m’avait dit aussi Stanislas Rubrik, alors vous devriez partir car vous allez louper le dernier métro.