La géométrie de la vie
Cela fait tout de même un sérieux petit moment que rien dans cet espace aux fins incertaines n’a pris la tournure d’une grandiose théorie. Je présente mes excuses tarte à la crème à mon moi du futur proche qui serait mort l’an prochain faute de n’avoir pas connu la révélation à temps. Il mourra quand même sans que j’y soit pour rien, de toutes les manières. La faute au skateboard si ça n’envoie pas des idées sur les chapeaux de roue. Les gens ne savent pas que parmi toutes les manières d’exister dans le plan vertical, seul le skatebord permet une allure horizontale et immobile comprise idéalement entre la marche et la course où la topologie du vivant n’a plus comme borne la friction en dessous et le ciel innocupé au dessus mais une zone sensible formant un plan légèrement visqueux au sein duquel on avance, sans que la nature du trottoir ou l’épaisseur de la ville ne fasse guère de différence, pas d’avantage que tous les concepts de la philosophie ou que tout ce qui en tient lieu pour ceux qui n’ont fait dans les vastes concepts que passer la tête. Enfin, cela marche en dehors des cailloux cela s’entend, qui sont là je pense pour que mon arcade sourcillière éclate, que le sang gicle et qu’après l’installation du pansement et les commentaires des collègues il ne reste plus qu’à revenir enfin à la raison. Assommé par la ville, rassis, t’as plus qu’à t’en prendre qu’à toi même, dans toute la splendeur de l’ignorance.
Quand on voit la liste des philosophes qui jouent en première division de la pensée, on est certain de marquer des buts contre son camp sans même toucher la balle. Si j’étions né un peu après la Mésopotamie cela eut certainement amélioré mes chances de marquer un point, je ne dis pas, mais là, franchement à moins de tout reprendre à revers, à l’envers, de travers et ainsi de suite, je ne vois aucune raison de ne pas se contenter de seulement regarder glisser la ville dans le caniveau. En plus de cela, en considérant que j’eusse été si maladroit avec ma planche et autres choix malheureux au niveau de mes différentes extrémités, au point d’écumer pour de bon la bibliographie de la première division des idées depuis le fond de mes différents lits, cela ne veut pas dire que ma science eut marché non plus, une fois que je l’eusse exposée au grand jour. En effet, j’observe qu’au pays de Kant les gens omettent de mettre leur clignotant une fois sur deux ou trois. Pourtant mettre son clignotant je me dis c’est l’impératif kantien minimal. Si une seule fois on ne le met pas alors qu’on ne va pas tout droit alors tous ceux qui vont tout droit sans mettre leur clignotant suivent un principe invalide sans le savoir. C’était pourtant des idées simples qui auraient arrangé bien des choses. Quand ensuite on s’accroche à la portière, qu’on attrape par le col celui qu’on sait n’avoir pas conçu comme un geste le fait de ne pas mettre son clignotant, et qu’on lui donne quelques claques en étayant son propos avec des concepts dignes de son pays, des actes fondateurs de la haute civilité, eh bien on est mal reçu à coup sûr. Qui peut dire en regardant autour de soi que c’est l’esprit qui pilote ? Pourquoi croire que l’esprit établi entre trois potes spirituels soit susceptible de relever le niveau général ? Dès qu’on leur parle de philosphie et de littérature la plupart des gens mettent cette fois leur clignotant et si on les revoit c’est pour se faire écraser. Ou alors faut il croire qu’au prétexte qu’il y a des maisons qui ne s’écroulent pas à la première tempête et toutes sortes de systèmes pérennes tels que les couteaux à dents, les cuvettes double vécés, je devrais croire que c’est l’esprit qui pilote ? C’est des inventions tout cela. Des inventions allemandes même, j’ai l’impression. J’ai lu sur un paquet de pop corn que d’après un allemand nommé Fichte, le monde ne peut être que mon idée, c’est à dire que voilà on a d’une part les grains de maïs et tant qu’on ne les fait pas éclater alors cela signifie que le pop corn n’existe pas, si je comprends bien, et ça me coute de lire des choses pareilles, car c’est écrit en tout petit sur le paquet avec des mots à ralonge qui font mal à la tête. Si tout cela est vrai, qu’il n’y a pas plus d’esprit que de pop corn à l’état de concept, il en découle que la seule raison qu’auront les gens dans leur grande majorité d’aller tout droit sans penser qu’ils affirment leur absence de clignotant en le faisant, ce n’est pas l’esprit, c’est un mélange d’habitude et de crainte de devoir payer quelque chose s’ils ne suivent pas un minimum l’état stable de la société dans laquelle ils vivent. Vous verrez bien que j’ai raison quant au poids exact de l’esprit, si quelque chose venait à leur manquer, aux gens.
Assoie toi plutôt sur ton skateboard et garde l’autre main pour demain. Je ne dépasserai pas la hauteur des mollets mais j’entends tout de même fournir une description générale de la raison pour laquelle le descendant de l’ancêtre commun au singe ne cessera jamais d’être ce qu’on imagine qu’il est dès qu’on a refermé son trois millième livre et qu’une haute voiture à quatre roues motrices ivres à ce moment là sort de la route, que le pare buffles s’enfonce bientôt dans la boite cranienne de manière latérale, cisaillant le front à la hauteur du néocortex, plongeant des masses d’acier bien chromé comme dans du beurre de neurones tandis que le reste du squelette tartiné de cambouis se disloque sous le bloc moteur en faisant plop et ploup dans un feu d’artifice rouge d’organes variés qui éclatent et se carapatent par eux même jusque dans le caniveau — c’est rare mais cela arrive lorsque on fait des figures compliquées qu’une roue se détache et que les roulements à billes se répandent de cette manière tous azimuts, qu’il ne reste plus alors qu’à achever son travail de vengeance en traversant la roue meurtrie d’un coup de tournevis si tôt qu’on aura pu se relever et que l’on pourra encore distinguer quelque chose à travers les flots de sang et de gravier qui dégoulinent normalement du front sur son tee shirt puant. Au nom de quel principe supérieur arrive ensuite la police ? Il me semble qu’autrefois c’était en raison des chiens qu’on laissaient se promener par ci par là sans les nourrir beaucoup. De nos jours je ne sais pas bien car je fais un blocage psychologique après que je fus arrêté à titre personnel sur un trottoir que j’utilisais à titre personnel et selon mon idée, pour cause d’infraction à l’usage de mon skateboard sur ce même trottoir, ce fait constituant le principal empêchement à la philosophie d’une part et à la paix sociale dans les rues de la ville.
Cela posé, ramassons les paupiettes de chairs sanglantes et de roulement à billes éparpillés et avançons un peu sur les chemins divins de la géométrie et de la théorie des ensembles. Cela ira vite, comme on se doute, qu’on ne s’inquiète pas, car je ne suis pas homme à réformer le monde en forcant l’organisation à précéder mes hautes considérations d’un défilé d’éléphants, chars de fleurs et jeunes filles luisantes de graisse de hibou, non, non, ce ne sera pas plus lourd qu’un doggy bag. Un doggy bag avec des pieds que chacun pourra ramener dans sa tombe. Et en plus de cela sans devoir manger préalablement des nouilles d’idées élaborées par des gens qui ont peur de leur ombre ou même écouter les discours misérables de la tante Ursule.
Le monde se divise donc en deux .
Aucun des membres de la division n’entre dans un bar.
Toto n’est pas impliqué.
Les belges ne forment pas une bonne raison de rire.
Jules César n’a ni tort ni raison.
Le monde se divise en deux, je dis. Il y a les lignes droites et les triangles. Des gens perçoivent seulement des lignes, d’autres perçoivent des triangles.
Voilà, c’est tout.
Enfin, je ne veux dire que cela suffira bien pour se souvenir de mon conseil quand je serai mort l’an prochain d’après mes estimations. Ma méthode de classement des gens est garantie universelle. Cent pourcent garanti. Vous pourrez voyager dans le temps au chevet de Socrate ou échapper à des meutes de villageois turkmènes en colère, la méthode s’appliquera toujours de la même manière.
L’immense majorité des gens ont des esprits structurés en lignes et quelques abrutis de mon espèce se débattent dans une ambiance plus proche du polyèdre et nous allons simplifier en nommant triangle l’espace que constitue ce malaise particulier.
Il faut s’en tenir aux faits pour comprendre ce que j’ose dire, impétueux et auguste. Dans les faits, la science comprend maintenant que ce que nous appellons - on va dire- “tout ce que vous voudrez” est non seulement une convention mais n’existe pas à l’état physique. Le temps, le langage, les mathématiques et ainsi de suite, c’est beaucoup d’histoires. Les inadaptés sont ceux en qui ce monde physique qu’on ne voit pas ni ne souhaite voir opères des percées. Peu importe la raison de ces percées, du reste. Alors de deux choses l’une, si ces percées ne les tuent pas dans leur jeunesse ou qu’on ne les jette pas au fleuve près de Sparte alors il y a des chances pour qu’ils marchent toute leur vie un peu à côté de leurs chaussures, ainsi qu’ils diront, les linéaires. En temps de paix ça peut aller sans doute mais en temps de guerre, c’est je crois les premiers qu’on jette à côté de leurs chaussures dans le ravin. Leur grief est seulement une petite déviance par rapport à l’ontologie élémentaire.
Entendons nous bien, le problème des grandes classifications c’est qu’on a tout de suite l’air bien idiot en les énonçant. Et il se prend pour qui ? Et il se croit malin ? En l’espèce, pour une fois, je ne désigne pas un concours du bien et du bon. Il y a des lignes savantes et des triangles en tous points obtus. Regardez les suiveurs de Platon, tout de même ça a de la gueule, même si ça peut mal finir, d’après mes informations. Et maintenant regardez ce gars dans la rue visiblement traversé par les ondes psychiatriques qui jonche dans son vomi, ce n’est pas trop élégant non plus.
Bref, j’ai des raisons de croire à la linéarité comme le seul universel des singes qui ont fait boule de neige. Ca commence par une petite discussion autour d’un verre, on ressent normalement une petite chose comme de l’empathie, ai je appris, à force de bien observer ce phénomène, et puis l’on va chercher ce terrain commun symbolique que l’on pourra se partager de telle sorte à démontrer par le truchement du partage que ce terrain n’est pas si symbolique, qu’il est constitué et qu’il forme ainsi ce qu’il y a et l’endroit où nous pourrons habiter. Qu’est ce que cela peut bien faire que ce terrain soit fondé sur la vie de Jesus, l’équipe de football locale, les mouvements des étoiles dans la nuit, l’esprit des ancêtres qui parle selon les voluptes de la fumée d’une pipe sous la tente, la coupe de cheveux du chanteur, si à la fin les territoires et les formes des territoires peuvent à chaque instant devenir un champ de bataille ? On peut certes élaborer quelques nuances quant aux différents fonds linéraires de nos pensées et montrer des éminences très distinctives qui séparent normalement la culture de la barbarie, ainsi par exemple le fait qu’il vaut encore mieux partager des discours élaborés que s’en tenir à des situations cognitives réduites à l’état de mot d’ordre et de la sorte développer aussi longtemps qu’on voudra cette critique parfaitement valable du monde occidental dans lequel nous vivons, qu’on caractérisera par le fait de ne pas être plus riche que la somme de ses représentations commerciales. Et en avant la manœuvre, voici bien pourquoi, en vérité je vous le dis, les tyrans incultes élevés à leur position par des foules animées par des cultes absurdes engagent le monde dans des spirales mortifères et infernales desquelles je vous enjoins de sortir, à mon signal, on tape dans les mains au dessus de sa tête, réveillez vous peuples meurtris et floués, il n’est pas trop tard, je suis là, votre sage du coin de la rue, votez pour mon livre, respirez un bon coup, aimez vous maintenant et hop là. Et en effet, je vais moi aussi mettre une petite pièce dans la corbeille du musicien de la culture à la rue tant c’est émouvant mais enfin, je vais plutôt mettre tout ce beau monde dans le même panier. Je ne sais pas, par exemple, prenons les manières de torturer les gens à travers les ages. Si véritablement l’esprit était aux manettes de cette discothèque, on pourrait dire qu’on aura découpé les gens en petit bouts de telle date à telle date, puis qu’on se sera dit que c’était pas tout à fait une bonne idée si bien que de nos jours cela ne se ferait plus. N’est ce pas ? (n’est ce pas ?). Je me figure donc seulement depuis la où je me trouve, dans la frise des gens qui se tiennent par leurs mains sales, tous les petits dîners où des bourreaux auront ressenti la même chaleur humaine dans l’exercice de leur oeuvre que vous et moi discutant du toucher de Martha Argerich, ce qui se traduit dans les faits en ce qu’on va dire qu’elle ne relâche jamais tout à fait une touche avant le bon moment de produire le son suivant, comme finalement si elle tirait la mélodie à elle, comme il se doit ( c’est moi qui l’ajoute, car je n’en loupe pas une). Ainsi, en admettant que je me suive bien moi même dans mon propre raisonnement, ce que j’affirme avec cette mauvaise odeur de chaussettes désirantes sans organes et autre banalité du par delà le bien et le mal ( et trop humain, faudrait que je le rajoute aussi pour mieux emballer ma petite affaire), c’est aussi simple que la différence entre une ligne et un triangle et que la guerre secrète des premiers à l’encontre des seconds n’a pas d’autre fondement que la structure cognitive de notre entente et non la moindre idée, y compris celle que je formule ici.
Maintenant que j’ai bien arrangé le portrait des choses, nous allons former ici le doggy bag. Au pays de la liberté qui a donc finalement isolé probablement les formes les plus pures du fascisme, c’est je crois comme cela qu’on fait et qu’on dit à la fin d’un gueuleton ou d’une engueulade, il y a des -take away points- Alors si je comprends on plie la discussion ( wrap up ), dedans on met les points qu’on peut emporter et qu’on peut donc consommer chez soi avec son chien, si je comprends.
Je m’adresse à ceux chez qui l’impression d’avoir des trous dans la tête n’est pas chose imaginaire, probablement aussi à tous ceux qui ont eu honte comme moi d’être des imbéciles. Des gens à qui l’on aura expliqué souvent qu’ils ne font pas l’affaire pour ces choses où l’on va de A à B. Ceux qui peinent à se concentrer quand on leur parle d’idées lointaines, des buts à atteindre, qui ne souviennent pas toujours du nom des gens qu’ils voient tous les jours. En bref tous ceux qui n’arrivent pas bien à suivre l’histoire qu’ils sont censés se raconter pour que cela en fasse une, d’histoire.
En vérité je vous le dis :
les derniers resteront les derniers.
Par conséquent il est inutile d’insister. En revanche, foutu pour foutu on gagnera du temps avec mes petits conseils pratiques.
En premier lieu la plupart des gens, ai-je observé, car je ne fréquente pas de moine taoïste, n’ont aucune idée sur rien et, sans être non plus animés d’intentions que l’on pourrait décrire comme néfastes, le peu de linéarité dont ils ont hérité les entrainent par petites touches successives vers des vies fortement pesantes - ainsi pourrez vous les repérer encore jeunes au nombre de ceux qui racontent qu’ils ne se prennent pas la tête et qui donc vont vous entretenir, si vous êtes par exemple celui qui reste à une fête quand les gens intéressants sont partis, de leur avis sur tel ou tel objet de consommation, telle ou telle musique que tout le monde écoute. Ce sens du partage à faible intensité va surement déterminer un ensemble de petites décisions à la suite desquelles ne vous leurez pas trop longtemps, c’est sur vous que la voiture va foncer vingt ans plus tard. Un père de famille sans histoire écrase un marginal sur son skateboard, titrera le journal. Et ainsi de suite des idées sur rien, des mouvements avec la bouche, rien de grave, il faut juste se taire et bien regarder avant de traverser, car ça s’empâte vite tout ce petit monde. Exister c’est jamais qu’un problème de circulation. Il faut une d’abord une bonne circulation sanguine et ensuite faire bien attention à l’endroit où se trouve la prochaine rafle, tourner ensuite au bon carrefour sans perdre de temps avec les livres qu’on voulait emporter et ce genre de choses. Je le dis pour ceux qui voudraient vivre à tout hasard.
Vivre, c’est à dire regarder. Observons que les linéaires ont ceci de commun qu’ils prennent si bien pour acquis leur univers quotidien qu’on ne les voit jamais regarder les choses autour d’eux. Ils habitent là, il faut les comprendre, et habiter c’est donc ne plus voir chez soi. Du moins c’est ce que j’imagine. Je suis pas dedans, comme on dit, en quoi je peux pas trop m’avancer, ni reculer tout à fait. Je vois seulement qu’ils ne regardent jamais rien, la plupart des gens. Je me les figure donc chez eux, préparant des voyages lointains où il y a d’après eux des choses à contempler et à faire, tandis qu’au même moment un grand arbre leur fait des grands signes par la fenêtre.
En second lieu, si les chances sont faibles de croiser des grands maîtres en linéarisation ( je signale au passage que cela ne servira à rien d’entrer dans la grande histoire supposée en éteignant la lumière sur l’un de ces tyrans car les tyrans ont en commun avec les mauvaises herbes de repousser plus vite), il se peut que par des hasards étranges et malencontreux vous ayez l’impression de souhaiter des relations mollusqueuses, en plus de tout le reste. Je vais révéler ici un grand secret qu’on ne lit pas partout. On a bien raison de croire généralement que les sentiments mollusqueux forment des nœuds si difficiles à délier qu’on peut se retrouver un jour emballé dans un réseau de toiles d’araignées sans comprendre comment cela a bien pu arriver. Ce n’est pas cela le secret, une seconde. Ni qu’au moment des premiers sentiments mollusqueux, si vous n’êtes pas la victime d’un arrangement d’ordre aristocratique, la géométrie des pensées issues du sentiment mollusqueux soit exceptionnellement baroque. Le fait qui importe réside en ce que les coulures de la mort dans l’espace nerveux du mollusque transforme les pires linéarités des plus inélégants des singes en un véritable feu d’artifice - ce faisant chacun aura l’impression que le monde est sauvé dans son entièreté. C’est un beau documentaire cela, j’en conviens, mais qu’on ne s’y trompe pas la chimie peut tout cependant pas pour longtemps. A moins que vous viviez avec un être de loose complète et que de la sorte ce flux particulier qui animera vos mollusques ne soit qu’une direction parmi d’autres directions lancées dans le vide cosmique, il se peut très fort que la géométrie se planifie de manière unilatérale. Avec un peu de chance ou de malchance, selon l’angle, vous pourriez demeurer ce qui dans le langage approximatif s’appelle amoureux . Cela signifie dans les détails techniques que vous risquez la métabolisation d’un lien multidirectionnel par lequel l’être aimée devient pour vous un point connecteur des autres éléments du monde perçu, d’où il découlera malheureusement une impression que le monde perçu a gagné en sens ou en densité. Mais pendant ce temps là ledit point connecteur autrement appelé prunelle de mes yeux, astre de ma vie ou lumière du jour , avec un peu de chance ou de malchance, selon l’angle, va ramasser tous les rayons dispersés pour les besoins d’inspection en profondeur appliquée par les forces de la biologie sélective et concentrer tout cela sur quelques traits existentiels qui vont conditionner des actions linéaires et donner vie, peu à peu, sans même que vous ayez eu l’impression d’avoir fini de vous raser, à des petits commentaires au sujet de la distance qui vous sépare du comment il faudrait être pour avancer dans ce monde et non, comme vous auriez supposé au début, de ce qui vous sépare de l’être purement merveilleux qui aura révolutionné vos mollusques. Heureusement il y a des techniques de protection éprouvées garanties cent pourcent si je mens je marche jusqu’au pôle déguisé en recure chiotte. Je n’ai plus de cheveux mais je m’arrangerai.
Il s’agit donc d’établir d’abord que les sentiments mollusques ne sont peut être pas faits pour vous. Si je résume bien la littérature, le sentiment mollusque, quand il ne s’agit pas d’une manoeuvre de coercition, relève du doigt qu’on enfonce dans la prise électrique pour faire passer le courant. Mais ensuite ce courant est utilisé à des fins qui ne produisent pas forcément de la lumière, ni du reste de l’obscurité mais une lueur entre les deux, qui apporte la paix et le réconfort, si tout se passe bien. Il est encore préférable de rester assis au milieu d’un champ à attendre le passage d’une hirondelle car c’est joli aussi les hirondelles même si elles ne font pas le printemps. Pour que les hirondelles fassent le printemps, il suffit de les additionner jusqu’à épuisement des mollusques. Alors on va demander à la triple buse rabas-joie si c’est là une façon de s’exprimer ? On va dire que oui. Je ne dis pas qu’il ne puisse pas exister d’autres façons d’envisager la vie comme triangle mal corrigé, que l’on puisse pouvoir s’entendre entre polyédres mal fâmés, par exemple sur la divisibilité infinie de ce qui reste quand on a tout partagé, rendant le partage accessoire, léger et inopérant dans les grandes lignes, mais c’est peu probable. On dira qu’il y a vraiment sous ce soleil que peu d’êtres qui verraient dans l’être non un rapport - de - forces mais un rapport - aux - forces. A considérer le manque de culture générale, dans quel genre de cirque ce phénomène aurait il une chance d’avoir lieu ? Au dancing peut être ? Musique à fond, lumière de laboratoire, chacun se voit en tranches parfaites, d’un côté la personne et de l’autre personne en particulier ? Je n’ai rien contre l’idée que j’élabore ici moi même, ayant vu une ou deux fois au cours de mes nuits une ou deux paires de jambes nues danser seules devant moi, des jambes qui n’allaient nulle part, n’appartenaient à personne où bien à défaut d’autre chose, à la vie elle même, dans les grandes largeurs, la vie ni faite ni à faire, ni vue ni connue, qui ne s’est pas présentée et qui est sortie sans frapper.
Etre polyédreux, prudence donc, surtout si tu as des yeux qui voient mieux qu’ils ne plaisent et si tu ne peux pas envelopper ton infirmité dans un rapport de force si favorable à la fluidité du quotidien que personne ne t’en voudrait pour tes quelques écarts bizarres, mettons la fois où tu t’es mis à déballer tes salades dans la cabine de ton avion personnel, que les paquets de chips ont cessé de faire le bruit qu’ils faisaient, qu’on s’est surpris à entendre une mouche voler par le hublot, qu’on se sera resservi un verre de pif blanc d’un clic de bracelet chic, en levant un peu les yeux au plafond suivi d’un petit n’importe quoi réglementaire et voilà, ça atterrit tranquillement ensuite, on en parle plus, et non pas la fois où revenant mouillé comme deux chiens de l’agence pour l’emploi après avoir oublié la moitié des débouches problèmes multiples sur le chemin de la maison tu auras expliqué sur le pas de la porte si c’était pas beau et ci et ça et qu’il se sera finalement avéré qu’il eut mieux phalus que tu fermasses ta gueule de face de rat.
Si le lecteur est arrivé à ce point de la narration il y a des chances pour que cela le concerne. J’ai dit ça, j’ai rien dit. Je ne vois pas en effet pas comment le lecteur pourrait posséder un avion privé s’il a des coulures de la mort dans sa tête. C’est juste une expérience de pensée, il faut l’admettre, mais je présume que chacun se reconnaitra.
A ce point de mes conseils il n’y a pas trente six solutions pour rater correctement sa vie linéaire. On peut la rater A/ en emmerdant les autres ou bien B / sans déranger personne. Je préfère pour ma part la voie B, mais pas dans le sens que voudrait lui donner Saint Augustin s’il était engagé pour consultant dans ce débat. Je parle juste de la voie B, d’où part un train à petite vitesse, une chose qui bouge encore un peu et donc n’exclut pas complètement la possibilité de ne pas se faire rouler dessus par tout le monde. Ne fréquenter personne en faisant la gueule c’est très bien mais dire bonjour, à tout hasard, devrait demeurer une hypothèse de travail valable. On ne sait jamais. Qui aurait pu prévoir que le boson de Higgs allait finalement se pointer au bout du tunnel si l’on avait pas essayé de lui tendre un peu la main ? Si je comprends c’est ce genre de cas où, comme pour l’exemple des grains de maïs, rien n’existe tant qu’on ne dit pas bonjour. Bonjour, on dit au maïs, le maïs est soufflé, pop corn. On peut ajouter quelque chose pour gagner du temps, comme quoi il me manque une case ou deux, il n’y a rien à espérer de ce coté là, alors commençons tout de suite par la partie des mollusques qui mêlent leurs sucs, bonjour, oui, j’ai bon ? Et puis soit dit en passant mieux vaut seul que mol en compagnie.
Quant à la voie A, soit par exemple monter une secte, je la contemple depuis ma tombe ou presque avec des sentiments mélangés. La littérature exprime régulièrement cette idée que les figures charismatiques des sectes sont de ces êtres froids et calculateurs qui embobinent leur monde avec quelques tours de magie dialectique en échange de prestations variées. C’est juste que voilà, je ne trouve pas malin lorsqu’on est doué des plus grand défauts ontologiques, d’en profiter pour emmêler les lignes de pensées des gens biens, c’est à dire des banquiers, des commerçants, des agents d’assurance et autres professionnels des lignes, ces pauvres gens qui n’avaient pas la tête à cela, qui n’auraient jamais cru qu’ils auraient cru pour de bon que l’esprit du Crapoulette Doré allait poser ses grandes ailes de feu dans le champ de patates derrière l’intermarché de Riflou Sur Poisse. Certes c’est bien agréable d’y penser lorsqu’on se trouve précisément dans le bureau du banquier de Riflou Sur Poisse, un oeil sur son skateboard mal garé un autre sur le SUV du banquier. Mais cela est mal, en vérité je vous le dis.
Comme on parle des grandes collisions élementaires qui permettent de réléver d’éventuelles attaches, une question doggy bag supplémentaire se pose. Comment fait on pour savoir si l’on existe comme élément réel dans la géométrie relationnelle ? Dans les sous catégories de polyèdres à la manque, c’est facile de se sous classifier parmi les parles-tu-m’intéresse, les pas-vu-pas-pris et autre faites-comme-si-j’étais-pas-la, mais comment sait on en pratique qu’on sent le gasoil sans devoir le demander ? Car les linéraires sont malins, ils ne vont jamais parler de ce qui ne sert pas leurs intérêts et sous couvert de politesse, vous n’obtiendrez par conséquent jamais de réponse quant aux odeurs de mort qui émanent de vous. Heureusement, il y a une solution pratique. On trouvera dans le commerce l’objet le plus utile pour la conduite des mous du mollusque. Glissez donc un nez rouge dans votre poche. Choisissez un partenaire en compagnie de qui vous avez déjà commencé à ne plus oublier de manger. Attendez un moment trivial pour placer votre nez rouge, sur le nez, cela s’entend. Laissez l’absence de charme agir. Il s’agit d’évaluer le temps qui s’écoule avec pour seule compagnie votre nez au milieu de votre figure (dans le meilleur des cas). Tout est relatif bien entendu. Une nez-jaculation précoce est certes le signe avant coureur d’un lien possible mais ne l’est pas autant qu’une absence complète de nez-valuation. Ne me remerciez pas pour ces valeureux conseils. En ces temps de précaution et de sollicitude infinie pour l’autre, je me dois cependant de soulever un peu le voile sur d’autres formes de problèmes qui découleraient de la canaillerie vivant sans projet linéaire, c’est à dire, comment dire, vivant seul.
Nous allons de nouveau devoir aborder des aspects délicats de la géométrie dans l’espace. Cela ne suffira pas d’être content d’avoir compris que les linéaires sont comme les pigeons qui trouvent sens et forme dans la polarisation constante de la lumière. Ils se lèvent, tout de suite ils trouvent le nord, tout de suite ils veulent convoyer des messages importants, fatigués ils se couchent, satisfaits ils se trouvent, de cet échange constructif de messages. Ah les cons, on va se dire. Mais ensuite ? Je crains qu’une vie comme flux multidirectionnels constant ne comporte quelques inconvénients et cela d’autant plus que l’on n’aura pas employé son énergie à se passer les nerfs sur les autres, sous forme de secte par exemple ou bien je ne sais pas, comme grande diva cyclothymique, esprit visionnaire, le genre qui renvoie tous les plats et toutes les sollicitudes au nom des mystères très haut de l’art plus haut encore. Je ne dis pas, cela peut sans doute se faire en tout bien tout honneur aussi, avec des capotes correctement installées, des doigts bien propres, des vérification systématiques des âges, signature de contrats d’asservissement valables, tatouage du cheptel sous anesthésie réalisée par des professionnels, des salaires corrects pour toute la troupe et finalement aucune rivière de pleurs qui dégoulinerait de la façade de l’Hotel depuis un certain balcon serti de diamants. Encore une fois, les chances de cumuler la défaillance de percept avec le pouvoir et pognon sont aussi hautes qu’un éléphant chargé de clientèle à la boutique des porcelaines. Je mentionne seulement cette possibilité théorique car j’entends maintenir fermement le fouet au dessus de ma neige d’arguments ovulipares. Seul, percuté d’ondes infames, sans intérêt pour l’exercice des vindictes, tout porte à croire que les rescapés des sociétés permissives et autres suicides variés n’ont pas la belle vie. Pour peu qu’en plus de cela on ne lise pas entre les lignes des livres, on aura vite fait de se laisser inscrire à l’opération de recâblage de cervelle. Heureusement, j’arrive. Je suis ici pour ouvrir à la hache un soupirail d’espoir par où faire passer un peu d’air chez les caves. Je vais donc mettre mon bonnet de docteur en science du festin nu, comme disait l’autre américain. Apprends, cave limitrophe, que l’idiotie , comme nous avons vu, ne dispense pas d’être présent malgré tout et que c’est même l’inverse qui se produit. Il découle des coulures de la mort dans la cervelle une trop grande présence à soi même et c’est précisément ce que les linéaires fuient comme la peste. Arrivent ensuite les noms d’oiseaux, dûment classifiés comme inaptes au pilotage dans les conditions de sécurité requises et une forte invitation à aller se faire reboulonner tout cela par des spécialistes de la sécurité des transports du point A au point B, le tout polarisé par des concepts relationnels un peu étranges mais, cependant, avec un argument de vente de toute première force: le transport correct de soi dans l’espace aérien social transformera les collisions frontales en transports amoureux. Cela est probablement vrai, jusqu’à ce point décrit plus haut où très vraisemblablement il faudra sortir son nez rouge quand même.
Alors au lieu de perdre du temps avec tout cela, je conseillerais plutôt aux trous du cul de ce monde la recherche de pommades. Arrive maintenant la liste très ouverte des pommades contre la trop grande présence à soi même.
- Alcool. Ne sert à rien la plupart du temps. Les alcooliques qui boivent ensemble courent de grave risques pour la santé mentale: se faire des amis qui ont eu en fait la même excuse qu’eux pour boire. Boire seul est donc préférable, encore que se perdre volontaire dans un brouillard cognitif pour se trouver plus tard diminué face au réel le plus cru ne constitue pas la meilleure manière de semer sa propre ombre.
- Barbes des sculptures assyriennes ou autres idiosynchrasies. Cela peut donc être autre chose, des concrétions naturelles, les oreilles de Mickey que sais je ? Je regarde pour ma part les barbes des machins assyriens pour oublier à quel point je suis con. Ils ont de belles barbes, bien longues, et bien entortillées.
- Monter sur une colonne et attendre que ça passe. Très risqué. Je présume que le début de l’opération procure une certaine satisfaction en raison du vent, du soleil et de la pluie qui en battant sur la peau bloque considérablement l’exercice multidimentionel de la raison mais ensuite il y a toujours un léger risque de se prendre au sérieux. Ainsi les gars qui traversent un océan à la rame, j’en connais pas un qui ne se prenne pas pour un homme sandouiche. Vous allez prendre les reporters de la télévision pour des apparitions, manger la nourriture livrée par un drone aux armes du restaurant du coin, et puis grossir, finir installer une chaise, la dessus un coussin et ensuite internet, un petit trou dans la roche pour les évacuations des idées usées, lentement un escalier, puis commencer à négocier les conditions d’admission dans le parc O’ stylite, prendre le micro pour faire des raps, lancer une ligne de survêtements déchirés et ainsi de suite, les femmes, les avions privés etc Je recommande clairement pas
- Johann Sebastian Bach. Car je n’en loupe jamais une pour placer le produit. On commence par écouter les motifs sur les tapis des chambres d’hotel comme si c’était des cantates et ensuite c’est trop tard, le plan du métro de Londres, les flamands roses au dessus de la lagune de Lisbonne, l’arrangement des allumettes sur la table, tout y passe et c’est trop tard, vous êtes devenu VRB. Mais enfin c’est tout même un moyen commode pour souffler un coup avec un peu de musique légère. Le terme de musique n’est peu être pas approprié ici. Les fugues de Bach n’appartiennent pas qu’à la musique mais à la thérapie de groupe il me semble et c’est ce qui les rend intéressantes en vue de lâcher l’égo dans la côte. Il s’agit de suivre attentivement les différentes lignes ou groupes de lignes jusqu’à ce que plus rien ne soit sûr sur aucune direction formelle possible. Le demi savant, que nous nommerons ici demi savonnette pour les besoins de la démonstration, pourra également se laisser glisser jusqu’à la comprenette du phénomène tel que je le vois. La raison pour laquelle la forme fuguée extrême échappe à l’intelligibilité complète tient à ce que les parties qui la composent ne tiennent à aucun moment en équilibre sur le plan harmonique mais forment un perpétuel passage d’un schéma à un autre, déjouant les attendus de la consonance, formant des mélodies qui se contredisent plus qu’elles ne se construisent (dans la paix et la concorde des après midi digestifs à l’opéra, note du collaborateur italien). Donc le malade mental pourra profiter des vacances que procure un objet à la fois en équilibre et en train de chuter dans plusieurs directions simultanées. J’ai vu aussi cela chez les chiens auxquels on donne un os factice, il semble que l’omniprésence paradoxale de l’os ne gêne en rien le plaisir pris à manger la bête une fois pour toutes. A ce sujet, j’invite également l’inadapté à archiver les souvenirs des gens qu’il aura connu avant de vraiment les connaitre, à toutes fins utiles.
- Le skateboard ( déjà étudié, voir plus haut). Les mains dans les poches.