Comment faire pour gagner une journée en n’écoutant aucune question mal posée par la mauvaise personne à la mauvaise époque au mauvais endroit ?
Lancer une pierre est toujours une possibilité. Tous ceux qui ont essayé savent qu’une fois que la pierre lancée, il faut en accepter la direction, la responsabilité et les conséquences. Ce texte par exemple devrait probablement tomber à l’eau mais dans ma grande magnanimité adressée à l’être de mon futur proche ou lointain, lequel se rapproche à toute vitesse, je vais faire l’effort de donner l’inflection qu’il faut pour n’avoir aucun regret au dessus de ma tombe que ce soit de l’avoir écrit ou d’avoir fait autre chose de l’heure où j’ai décidé de l’écrire. Que cette micro postérité veuille bien m’entendre: être réveillé en sursaut par le bruit des perceuses à 7h48 aura permis d’affirmer plus profondément la validité que ce soit du lit ou de l’ignorance dans laquelle il vaut mieux se tenir, parfois, c’est à dire, presque toujours. De deux choses l’une, un clou chassant l’autre, on ne peut pas se spécialiser dans la lecture du grec ancien et de la poésie qui en émane sans réduire ses ambitions sociales à la fréquentation de vieilles dames édentées, en quoi un être plein d’élan et d’entousiasme tel que moi par exemple devrait au moins essayer d’ecouter un peu la manière moderne de faire danser les idées. Ainsi donc à 7 h 55, après avoir constaté qu’étaient échus tous mes podcasts francophones refactorisant les années 1950 - 1970, ainsi que tous les podcasts de langue anglaise d’Angleterre refactorisant l’immense stock d’universitaires rigolos que compte cette ile lointaine, j’en revins à ce qui se produit aujourd’hui au bled, en Franche mesdames et messieurs, avec à l’intérieur même du yahourt des vrais bouts de gens de Franche, vivants et éduqués et qui parlent et qui parlent. Voici donc pourquoi j’irai désormais plutôt me faire cuire un oeuf et même me brouiller avec l’oeuf, tout seul, moi et l’oeuf, avec le ciel au dessus de moi et la terre bouillonnante de poubelles en dessous, que d’essayer jamais d’écouter à nouveau un podcast de Franche Kultur produit ce siècle. Il y a quinze ans déjà, avais-je repéré que les émissions n’affichaient plus le sujet mais le présentateur, exactement comme pour le disques de musique classique. Le début de la fin de la dernière saison de la raison. Approximativement. Mais comment cela, rabat-joie, vieil abat-jour de l’ignorance, saches tu donc que chacune de ces célébrités de la culture possède une haute formation aux matières de l’esprit ? A quoi le cancrelat ici présent qui se joue de la flute sur des airs de perceuse et à vrai dire, de marteau piqueur - tant il est vrai qu’aucun mur existant ne saurait satisfaire les ambitions d’aucun voisin - ne répondra pas sur la raison exacte absolument vérifiable. Il suffit de détester le tissu social dont est fait la bourgeoisie de Paris pour deviner qu’aucune compétence intellectuelle mesurée par aucun école soit disant normale et prétendument supérieure ne pèse un seul gramme quand il s’agit d’en faire des tonnes à agiter ses plumes dans le but de justement continuer à faire le malin et agiter ses plumes, cela étant plus haut dans la hierarchie des normes féodales. C’est à dire, précisons ce esprit mauvais qui est le mien : je ne vois pas de différence fondammentale entre le geste d’auto théatralisation du présentateur de télévision devant une personne qui possède, elle, quelque chose et l’articulation spéciale du producteur d’émission de radio, quoi que le niveau d’intensité ne soit en effet pas le même. C’est tous des bandes de franchois dont l’activité principale est, dans sa variante populaire, de ridiculiser le sujet, dans sa variante boulevard Saint Germain d’infliger à tous sa présence constante. A quoi bon se demander pourquoi cette présence constante ? Il suffit de ne rien écouter. Mais résumons. Je dois faire entrer ces thons dans une unique boite de sardine et la ranger dans un placard pour toujours. Une personne produit une émission de radio. On peut aller vérifier sur internet qui c’est. Arrive normalement une photo ou deux au bras d’une autre personne habitant Paris, qui a elle aussi des opinions. On peut aussi sortir le détecteur de plumes pour gagner du temps. Le détecteur de plumes est un petit mécanisme qui consiste à mesurer le degré de variation dans l’expression du visage quand une photo publique est prise. La moindre variation indique le haut degré d’agitation des plumes réalisé hors champs. A Paris, ces gens là campent. Ils campent eux mêmes. Dans l’emission elle même, une autre régularité fait jour. Le personnage campé pose les questions de manière unilatérale. Dés que le sujet qu’on interroge a une chance de développer ce qui parait un détail, une nouvelle question arrive. Les questions sont modalisées a l’extrême, pour ne pas qu’on en entende trop la banalité. Est régulier également cette manière de ne jamais exposer des perspectives clairement différentielles car elle pourraient, je suppose, avoir une valeur trop politique ou bien, plus probable, exposer l’ignorance ou l’indigence intellectuelle de celui qui campe le personnage principal de l’émision, celui dont on voit en grand le portrait flanqué d’un micro, avec un coude levé ou non, un air d’avoir légèrement de se le gratter, le coude , et ce genre de drames. Là où les croutons d’Angleterre invités à se la raconter déploient souvent leurs mécaniques dialectiques sur la question qui les passionne, en opposant par conséquent leur raisonnement à celui d’un éminant collègue, dans les détails c’est à dire, nos beaux parleurs, eux, invitent les gens à donner leur avis, pris au piège qu’ils sont par des questions à moitié ouvertes. A moins que la phase de préparation de l’émission ne les aient amenés à signer un contrat de sobriété verbale, que sais-je ? En outre puisque plus personne ne lit des livres, j’imagine que l’horreur du silence pousse toute la bande à passer des musiques d’ambiance en même temps que faire passer la pillule, ou le suppositoire, selon le niveau d’éducation de l’auditeur qu’on aura persuadé de certains concepts réliés au prestige supposé de la culture. Il y a un générique. De la musique electronique le plus souvent. Ensuite si nous lisons un texte, il faut mettre un son derrière. Un peu de flute pour un texte médiéval par exemple, de la harpe si c’est l’antiquité occidentale, des tambours si c’est l’antiquité asiatique ou autre, et ainsi de suite une simple boite de sardine Troupique fait bien plus que tu crois car le fruit d’une transformation raisonnée des meilleurs sardines de l’océan directement concentrés pour vous dans les saveurs les plus riches en oméga 3 depuis les profondeurs tu vas la fermer ta gueule, donc bref c’est bien ce que je disais, tu ferais mieux de marcher tout seul jusqu’à la mer et y jeter tes sandales quand tu y seras.